Les missions du poste

Établissement : Université Grenoble Alpes École doctorale : ISCE - Ingénierie pour la Santé la Cognition et l'Environnement Laboratoire de recherche : Sport et Environnement Social Direction de la thèse : Aïna CHALABAEV ORCID 000000021806354X Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-06-30T23:59:59 Les effets bénéfiques de l'activité physique sur la santé physique et mentale sont largement documentés, en prévention primaire, secondaire et tertiaire. À l'inverse, les effets délétères de la sédentarité sont tout aussi bien établis. Pourtant, malgré ces preuves scientifiques et les campagnes de sensibilisation existantes, la population reste insuffisamment active : 58 % des adultes français ne satisfont pas aux recommandations (Eurobaromètre 2018), et 95 % passent un temps excessif en comportements sédentaires (ANSES 2022). Ces chiffres moyens masquent par ailleurs des disparités importantes, certains groupes étant particulièrement touchés par l'inactivité : les femmes, les seniors, et les personnes de milieu social défavorisé.Pour favoriser l'activité physique, il est nécessaire de développer des interventions adaptées aux besoins des publics ciblés, en s'appuyant sur les connaissances relatives aux freins et leviers au changement de comportement. Cette thèse mobilisera les modèles issus de la psychologie sociale et de la santé (e.g., théorie du comportement planifié, modèle HAPA, modèle transthéorique, théorie de l'autodétermination, modèles duaux) qui identifient comme déterminants centraux les perceptions de capacité, les motivations, les stratégies d'autorégulation et les automatismes comportementaux.

Cependant, plusieurs limites de ces approches sont documentées. La validité prédictive des modèles et l'efficacité des interventions varient selon les populations : des méta-analyses montrent que les individus les plus favorisés socialement bénéficient davantage des interventions, que celles-ci soient fondées sur la théorie du comportement planifié ou sur des outils numériques. De plus, certaines stratégies d'autorégulation pourtant efficaces chez les adultes jeunes -- comme la fixation d'objectifs ou la planification -- peuvent s'avérer contre-productives chez les personnes âgées, en réduisant leur auto-efficacité et leur activité physique. L'efficacité moyenne des interventions masque donc des différences importantes selon les caractéristiques du public.

Ces constats plaident pour une approche qui dépasse les seuls déterminants motivationnels individuels, en intégrant des facteurs psychosociaux plus larges. Parmi ceux-ci, l'âgisme occupe une place centrale : les stéréotypes négatifs liés à l'âge influencent défavorablement la santé et l'adoption de comportements protecteurs comme l'activité physique. L'âgisme pourrait ainsi constituer un frein au changement de comportement en agissant directement sur plusieurs déterminants motivationnels clés -- auto-efficacité, motivation autodéterminée, perceptions des capacités physiques, affects associés à l'activité physique. Ces effets seraient particulièrement marqués chez les personnes âgées vulnérables et éloignées du système de soins, davantage exposées aux inégalités sociales et de santé.

L'objectif de cette thèse est d'explorer cette piste en identifiant les contenus d'intervention les plus efficaces pour favoriser l'activité physique chez les personnes âgées éloignées du système de soins, dans le cadre du projet Pré.S.Age. L'intervention développée s'appuiera à la fois sur les modèles classiques du changement de comportement et sur les modèles de l'âgisme, afin d'enrayer les conséquences négatives des stéréotypes liés à l'âge. La démarche combinera revues systématiques et méta-analyses des travaux existants, et études empiriques originales. Les effets bénéfiques de l'activité physique sont largement démontrés sur la santé physique (diminution du risque de diabète, maladies cardiovasculaires, cancer, hypertension, ostéoporose, et mortalité) et sur la santé mentale (amélioration du bien-être, diminution du risque de dépression et de déclin cognitif), tant en prévention primaire que secondaire (diminution du risque de récidives) et tertiaire (atténuation de symptômes comme la douleur ou la fatigue) (Leitzmann et al., 2007). De même, les effets néfastes de la sédentarité sur ces indicateurs de santé sont aussi largement démontrés (Wen & Wu, 2012).

Malgré l'accumulation de ces preuves scientifiques et l'existence de campagnes de sensibilisation auprès de la population, celle-ci reste insuffisamment active physiquement (58% des adultes français, Eurobaromètre 2018) et passe trop de temps quotidiennement à effectuer des comportements sédentaires (95% des adultes français, ANSES 2022). De plus, ces chiffres moyens masquent des disparités importantes, certains groupes étant plus inactifs que d'autres, comme les femmes, les seniors, ou les personnes de milieu social défavorisé (Bauman et al., 2012). Afin de favoriser l'activité physique, il est nécessaire de proposer des programmes de prévention qui soient adaptés aux besoins du public ciblé, en s'appuyant sur les connaissances scientifiques relatives aux freins et leviers au changement de comportement.

Cette thèse s'appuiera sur les modèles de changement de comportement développés en psychologie sociale et de la santé (e.g., théorie du comportement planifié, Ajzen, 2011 ; modèle HAPA, Schwarzer & Luszczynska, 2008 ; théorie de l'autodétermination, Deci & Ryan, 2008 ; modèles duaux, Hofmann et al., 2008). Ces modèles considèrent que les comportements dépendent principalement de facteurs psychologiques, comme les perceptions qu'ont les individus de leurs propres capacités et du comportement à adopter, leurs motivations plus ou moins autodéterminées envers le comportement, les stratégies d'auto-régulation, ou les automatismes qu'ils ont développés (e.g., attitudes implicites envers le comportement à adopter).

Bien qu'une approche fondée sur les connaissances théoriques soit essentielle pour améliorer l'efficacité des interventions, plusieurs limites demeurent. Notamment, la validité prédictive des modèles et l'efficacité des interventions diffèrent d'une population à l'autre (Chalabaev et al., 2023). Des méta-analyses suggèrent ainsi que l'intention est davantage liée aux comportements de santé chez les populations les plus favorisées socialement (Schüz et al., 2017). Les interventions produisent également des effets plus importants chez les personnes les plus favorisées socialement, comme l'indiquent une méta-analyse d'interventions basées sur la théorie du comportement planifié (Steinmetz et al., 2016), ainsi qu'une méta-analyse d'interventions fondées sur des outils numériques (Western et al., 2021). Une revue systématique d'interventions chez des personnes âgées en bonne santé suggère même que certaines stratégies d'autorégulation, comme la fixation d'objectifs ou la planification, ont des effets délétères sur leur auto-efficacité et l'activité physique (French et al., 2014), alors que ces mêmes stratégies semblent bénéfiques chez des adultes plus jeunes en bonne santé (Michie et al., 2009). En somme, l'efficacité moyenne des interventions masque des différences importantes en fonction des caractéristiques du public, telles que l'âge ou le milieu socio-économique.

Ces résultats suggèrent la nécessité de dépasser une approche exclusivement centrée sur les déterminants motivationnels individuels, afin d'intégrer plus largement des facteurs psychosociaux susceptibles d'influencer les comportements d'activité physique. Parmi ces facteurs, l'âgisme occupe une place centrale. A titre d'exemple, les stéréotypes négatifs influencent négativement la santé des individus ainsi que l'adoption de comportements favorables à la santé comme l'activité physique (e.g., Brothers et al., 2021 ; Emile et al., 2013). Ainsi, l'âgisme pourrait agir comme un frein au changement de comportement, en influençant directement plusieurs déterminants centraux des modèles motivationnels (e.g., auto-efficacité, motivation autodéterminée, perceptions des capacités physiques, affects associés à l'activité physique). Ces effets pourraient être particulièrement marqués chez les personnes âgées vulnérables et éloignées du système de soins, davantage exposées aux inégalités sociales et de santé ». Pour enchainer après avec l'objectif.

L'objectif de cette thèse sera d'explorer cette piste en identifiant les contenus d'intervention (techniques de changement de comportement, modalités d'intervention) les plus efficaces pour favoriser l'activité physique chez la population ciblée dans le cadre du projet Pré.S.Age, à savoir les personnes âgées éloignées du système de soins.

Pour cela, l'intervention développée devra s'appuyer non seulement sur les modèles de changement de comportement classiques, mais également sur les modèles de l'âgisme, en vue d'enrayer les conséquences négatives des stéréotypes liés à l'âge (e.g., Knight et al., 2022).

Pour atteindre cet objectif, différentes méthodologies seront employées, croisant l'analyse de données existantes dans le cadre de revues systématiques et de méta-analyses des travaux sur ce sujet, à l'analyse de nouvelles données collectées dans le cadre d'études empiriques.

Le profil recherché

La ou le candidat·e devra être titulaire d'un master (ou diplôme équivalent), et avoir une formation dans une ou plusieurs des disciplines
suivantes : STAPS, psychologie, santé.

Il·elle devra posséder les compétences suivantes :

- des compétences scientifiques théoriques, notamment dans la maîtrise de paradigmes en lien avec les modèles psycho-sociaux de l'engagement des individus dans la pratique d'activités physiques et/ou sportives
- des compétences méthodologiques dans l'élaboration et la mise en oeuvre de protocoles expérimentaux ou de devis corrélationnels
longitudinaux.
- des compétences en termes d'analyses et de traitement de données (notamment quantitatives)
- une bonne connaissance de l'anglais scientifique
- des compétences rédactionnelles

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